Mirovα: Creating Sustainable Value #3

Publié le 19/01/2020

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Mirova

Après les progrès de 2019, 2020 s’annonce comme une année charnière pour la finance durable

Don’t let it go!

Le 28 novembre dernier, le Parlement Européen a décrété « l’urgence climatique et environnementale ». Autant dire qu’une année qui se termine est un peu comme le mouvement du balancier de l’horloge, cet entêtant tic-tac qui nous rappelle à quel point il est urgent d'accélérer une transition juste vers un monde neutre en carbone. Dans ce contexte, 2019 aura apporté, comme souvent, son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles.

Les mauvaises nouvelles sont de deux ordres.

Celui du constat d’abord  : nous entrons dans la zone de souffrance climatique. Les événements extrêmes se succèdent, le dernier en date chassant le précédent de nos esprits. Cette fin d’année est marquée par une situation dramatique en Australie, avec des températures qui dépassent les 50 degrés par endroits et des feux de forêts incontrôlables qui rendent l’air irrespirable dans la région de Sydney. Ce n’est malheureusement que la partie visible du constat, celle qui nous laisse entrevoir ce que sera le climat dans quelques décennies si nous n’agissons pas. L’autre partie est parfois moins perceptible, nous avons besoin des scientifiques pour la décrire et pour nous éclairer. C’est ainsi que le 6 mai 2019, le rapport mondial de l’IPBES1 confirmait le déclin alarmant de la biodiversité sur la planète. Une extinction de masse est en cours. Un million d’espèces terrestres et marines sont en danger de disparition.

Celui de notre capacité d’action, ensuite. L’année 2019 n’aura pas été particulièrement réjouissante en ce qui concerne l’action internationale : le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris est désormais réel. La victoire électorale de Bolsonaro au Brésil a accentué la pression sur la forêt primaire amazonienne. Enfin, la COP25 s’est achevée par une déclaration a minima, une réponse bien loin d’être à la hauteur de l’enjeu.

Pour chercher des lueurs d’espoir, il faut se tourner vers l’Europe. Aussi vieux et fatigué soit-il, notre continent montre encore la voie. Lorsque Christine Lagarde, à peine désignée à la tête de la Banque Centrale Européenne, déclare dans son discours au Parlement Européen que la banque centrale doit placer le climat au cœur de sa politique monétaire ; lorsque Mark Carney et François Villeroy de Galhau engagent Banque d’Angleterre et Banque de France sur le chemin des tests de résistance (« stress tests ») climatiques pour les banques ; lorsque l’Union Européenne avance avec détermination dans la mise en œuvre du plan d’action sur la finance durable, en créant une taxonomie des actifs verts, en exigeant plus de transparence de la part des acteurs financiers, en développant des indices bas-carbone ; lorsque la Banque Européenne d’Investissement prend la décision historique de mettre fin au financement des énergies fossiles. Lorsque, enfin, la nouvelle présidente de la Commission lance un ambitieux « EU Green Deal2  » : oui, incontestablement, l’Europe montre la voie. Les signes d’optimisme viennent aussi des acteurs privés. Le monde économique a commencé sa mue, celui de la finance lui emboîte le pas. Le monde carboné ne va certes pas disparaître et les inégalités ne vont pas se résorber comme par miracle. Nous en sommes bien loin. Il y a pourtant des signaux auxquels nous devons nous raccrocher pour en faire des points de bascule. La déclaration cet été de la Business Roundtable, autrement dit des 250 plus grands dirigeants d’entreprises américains, que le temps de la « valeur actionnariale » était révolu et que les entreprises devaient prendre en compte l’impact sur l’environnement et les communautés qui les entourent, constitue une petite révolution. Dans la même veine, lors du G7 Finance à Chantilly au mois de juillet, le ministre de l’économie Bruno Le Maire portait l’ambition de « réformer le capitalisme ». Voilà en effet l’une des clés de cette indispensable transition à laquelle nous aspirons : transformer le système, construire un capitalisme des parties prenantes.

Qu’attendre donc de 2020 ? Si la lumière ne surgit pas des négociations internationales, que ce soit à Kunming en septembre sur la biodiversité ou à Glasgow en novembre pour le climat, il faudra poursuivre inlassablement la mutation de l’économie et de la finance. Nous constatons chaque jour que la prise de conscience des investisseurs progresse, que la demande d’impact environnemental et social est de plus en plus forte. Sur ce chemin, plusieurs risques nous guettent : la résignation d’abord, la croyance fausse que tout doit venir des états, de la régulation ou d’un prix du carbone mondial ; le greenwashing3 ensuite. Au moment où tous les acteurs économiques n’ont plus que le mot « transition » à la bouche, nous devons redoubler d’ambition et dire quelle transition nous voulons et comment nous allons l’accompagner.

1 Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services ou Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques
2 Nouvelle donne verte pour l’Union Européenne
3 Écoblanchiment
taxonomie dessin Fix
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