Mirova Insight 3

Publié le 28/05/2014

Pour certains, l’investissement responsable est nécessairement un investissement de long terme. Et ils ont raison. Les difficultés commencent dès lors que l’on cherche à définir les termes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est presque aussi difficile d’arriver à un consensus sur la notion d’investissement à long terme que sur celle d’investissement responsable.

 

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Ayant déjà largement commenté ce sujet, nous ne reviendrons pas ici sur le thème de l’investissement responsable que nous concevons comme un investissement cherchant à délivrer un triple retour, à la fois social, environnemental et économique, de façon à concilier recherche de profit individuel dans un horizon de gestion donné et intérêt général à long terme. En revanche, à l’heure où les décideurs politiques s’inquiètent des difficultés à trouver des financements à long terme – tout en mettant en place, au nom de la protection de l’épargnant, des réglementations qui le pénalisent – et où plusieurs groupes de travail, notamment au sein des PRI ou de l’UNEP-Fi, se risquent à proposer des définitions et des mesures en faveur de l’investissement de long terme, il nous semble opportun de battre en brèche quelques idées reçues.

 

L’investissement à long terme n’est pas à long terme

Un horizon d’investissement se situe rarement au-delà de quelques années. Même les investisseurs ayant des passifs longs confient la gestion de leurs actifs sur des horizons qui excèdent rarement quatre ans : ils scrutent les performances annuelles et révisent leurs allocations stratégiques et tactiques en conséquence. Ce que l’on nomme long terme en matière d’investissement est donc relativement court. Si, comme nous le pensons, un investissement doit aussi se soucier des impacts potentiels sur l’environnement (réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, …), il serait dangereux de restreindre la définition de l’investissement de long terme uniquement à la durée de détention sans y intégrer cette dimension environnementale.

 

L’investissement long est un capital patient… mais non dormant

Bien souvent, la seule mesure qui est proposée pour définir l’investissement à long terme est la durée de détention. Bien évidemment cette donnée est indispensable et significative. Il serait par exemple assez cocasse que des traders à haute fréquence se considèrent comme des investisseurs de long terme. Toutefois, qu’un investisseur suivant étroitement les indices de marché traditionnels puisse se considérer comme tel nous semble tout aussi inapproprié. Il pourra certes démontrer que la durée de détention des actifs est relativement longue, mais à aucun moment, sa décision d’investissement n’aura été fondée sur des préoccupations de long terme. Son investissement est est tout ce qu’il y a de plus conformiste. Non seulement ses achats initiaux sont guidés par la quantité disponible sur le marché à ce moment-là et excluent tout effort de jugement qualitatif ou de projection, mais ses ajustements  tactiques (mineurs) pendant la durée de son investissement peuvent être dictés uniquement par des anticipations courttermistes. Un investisseur peut ainsi détenir en moyenne 10 000 actions de la plus grande capitalisation mondiale pendant 10 ans tout en ayant acheté et vendu plusieurs centaines d’ actions au cours de cette période. Qu’il ait fait le choix  d’investir dans ces actions parce qu’il s’agit de la plus grande entreprise et qu’il ait ajusté ses positions à la marge du fait d’anticipations courtes le prive doublement, selon nous, du titre d’investisseur de long terme. Un investisseur de long terme est avant tout un investisseur qui fonde sa décision d’investissement sur des anticipations de long terme et qui apporte des capitaux parce qu’il croit au business model de l’entreprise et à sa capacité d’innovation. Ce prisme devrait le conduire mécaniquement à détenir certains de ses actifs durant plusieurs années. Pendant combien d’années, là n’est pas le sujet. Si ses anticipations sont déjouées, déçues ou pleinement réalisées, il est tout à fait naturel et même sain qu’il révise en conséquence ses décisions d’investissement.

Un investisseur de long terme doit donc être un investisseur actif. Il doit s’interroger sur les innovations du moment, comme nous le faisons dans cette revue en publiant une étude sur les drones. Il ne doit pas se reposer aveuglément sur les indices de marchés traditionnels mais définir un style et des critères d’investissement comme nous avons cherché à le faire avec l’indice Mirova SI Europe, dont nous décrivons la conception également dans le présent document.

C’est pourquoi nous sommes très réservés sur la proposition d’octroyer des loyalty shares aux actionnaires dits de long terme sur le seul critère de la durée de détention. Ce mécanisme, qui renforçe l’intérêt de l’investissement passif, pourrait avoir de effets néfastes considérables et le faire  passer à côté de son objectif : le développement de l’investissement à long terme. Que proposons-nous ? Dans un premier temps, d’arrêter de subventionner l’investissement court-termiste en ne faisant plus supporter le coût du vote que par les votants.

Le coût du vote, chose assez extraordinaire si l’on prend la peine de s’y arrêter, est en effet supporté uniquement par les votants. Si la taxe sur les transactions financières devait être mise en place, nous proposerions qu’elle serve notamment à indemniser le coût de l‘exercice du vote pour les votants. Pour favoriser les investisseurs de long terme, d’autres mesures peuvent être envisagées comme celle d’offrir une décote relative aux investisseurs de long terme lors des éventuelles augmentations de capital.

 

Un investisseur de long terme est un investisseur actif… et engagé

Le raisonnement précédent nous a naturellement conduit vers cette observation. Être un investisseur de long terme requiert un affectio societatis et doit donc se traduire par une politique d’engagement permettant aux investisseurs de jouer pleinement leur rôle dans la gouvernance des entreprises. Encore faut-il que cette politique d’engagement ne soit pas le prolongement d’une recherche effrénée de valeur actionnariale à court terme, mais bien l’exercice sain d’une responsabilité au service de l’intérêt de l’entreprise. Le débat entre gouvernance actionnariale et partenariale, qui doit être dépassé si chacun place au cœur de ses préoccupations l’intérêt de l’entreprise, trouve son prolongement dans les politiques d’engagement. Nous y revenons dans les pages qui suivent au travers d’un panorama sur les pratiques d’engagement.

 

 

 

 

 

 

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