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Quel avenir pour l'épargne solidaire ?

11/05/2012

L’initiative de la Commission Européenne visant à créer des « fonds d’entreprenariat sociaux » (EuSEF) relance la question de l’avenir de l’épargne solidaire.

Lors d’une intervention devant des dirigeants de sociétés de gestion européennes réunis à Bruxelles par l’EFAMA (European Fund Asset Management Association), le Commissaire Michel Barnier a d’abord rappelé que « l'activité de gestion d'actifs sert de pont entre l'industrie financière et l'économie réelle », pour ensuite plaider pour l’adoption de "mesures pour que les fonds d'entreprenariat social soient mieux identifiés et puissent lever des capitaux dans toute l'Europe". Si le parcours législatif se poursuit sans encombre, ce souhait sera vite exaucé puisque le lancement des premiers EuSEF, bénéficiant d’un passeport européen pour la distribution, pourrait avoir lieu dès le début de l’année 2013.

Certes, le texte en discussion pose encore de nombreuses questions, notamment celle de la limitation de la distribution aux investisseurs professionnels, ou encore celle de la sécurité de ces nouveaux véhicules. Il est important en effet qu’une utilisation trop large du concept d’entreprenariat social ne jette pas un discrédit sur l’ensemble de la filière d’investissement responsable. Pour autant, le soutien ainsi affirmé à la capacité d'innovation de l'entreprenariat social, qui constitue l’un des canaux de croissance les plus prometteurs en Europe, est très positive.

En France, l’épargne solidaire affiche depuis de nombreuses années une progression régulière, mais il n’en reste pas moins que les encours gérés par la filière restent une goutte d'eau comparativement à la taille de l'ensemble de l'épargne. Par ailleurs, on peut regretter que l’épargne solidaire française demeure pour l’essentiel enfermée dans le carcan des fonds dits « 90/10 » distribués au sein des plans d'épargne salariale. Contrairement à la Suisse, et sans doute bientôt à l’Allemagne, il n’est en effet pas possible de distribuer des fonds 100% solidaires (par exemple des fonds de micro finance) auprès du grand public. Surtout, la dilution de l’investissement solidaire dans les fonds « 90/10 » permet de ne pas se poser la question centrale de la rentabilité de l’investissement social. Cantonné à une infime fraction, l’investissement solidaire a peu d’influence sur la performance globale. Pourtant, seule la réponse à cette question pourra faire sortir l’investissement solidaire de sa « niche » : peut-on (faut-il) concilier investissement solidaire et rendement financier ?

Le projet de fonds EuSEF semble pencher pour une distinction entre solidarité et rentabilité. L’entrepreneuriat social y est décrit de façon assez restrictive, les structures en question ne pouvant attribuer des dividendes que dans des conditions très limitatives. Ce choix est pour le moins discutable. A l’inverse, le développement d’un « impact investing » à l'anglo-saxonne cherche à trouver un équilibre entre impact social et rendement financier. L’idéal recherché serait de produire un rendement financier qui soit corrélé avec le rendement social. C’est la logique de certains « social bonds » par exemple où le coupon est lié à la réussite du programme social financé par l’obligation. C’est aussi la démarche retenue par l’European Investment Fund (eif.org) qui a pris l’initiative de créer d’ici la fin de l’année un fonds de fonds solidaires, en insistant sur l’importance de produire un rendement financier pour les investisseurs.

L’intérêt porté au secteur de l’entrepreneuriat social avec la création prochaine des EuSEF est une bonne occasion pour la filière française de l’épargne solidaire de réfléchir à son avenir, en dépassant le schéma restreint des fonds « 90/10 » et en se posant clairement la question de la rentabilité financière.

 

 


Source : Agefi - http://www.agefi.fr/wikifinance/etudes/