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« Mainstreaming » et boutique : le nouveau paradigme de l'ISR ?

21/03/2012

Au cours de ces derniers mois, plusieurs annonces ont ébranlé le monde de la gestion ISR, en particulier au Royaume-Uni. Deux des sociétés de gestion les plus actives dans le domaine de l'investissement responsable, Henderson et Aviva, ont annoncé qu'elles se séparaient de la totalité de leurs équipes de gestion ISR. Ceci sonnerait-il le glas de la gestion ISR spécialisée ?

Ces décisions motivées par des raisons économiques sont assez symptomatiques des évolutions à l‘œuvre. L'équipe d'Henderson a rejoint une boutique anglaise spécialisée dans le développement durable, WHEB asset management, dont la taille des actifs ne dépasse pas 200 millions d'euros. Aviva cherche quant à elle un nouveau toit pour son équipe de gestion ISR, mais a décidé de conserver une équipe de recherche extra-financière et de gouvernance afin d'intégrer désormais les critères ESG à l'ensemble de sa gestion. Dans le même temps, des mastodontes de la gestion d'actifs mondiale comme GSAM ou Pimco ont décidé de signer les PRI (Principles for responsible investment) et d'entamer eux aussi une intégration de certains critères ESG qu'ils considèrent comme « matériels » à l'ensemble de leur processus de gestion.

D'un modèle actuel où la plupart des sociétés de gestion ont créé des fonds ISR pour répondre aux besoins du marché, mais où ces actifs ISR ne représentent généralement qu'une portion marginale des actifs de ces sociétés de gestion, le marché semble se diriger désormais vers un modèle dual : d'une part, une intégration de plus en plus forte des facteurs extra-financiers à la gestion traditionnelle, on appelle cela le « mainstreaming » ; d'autre part, la constitution de sociétés de gestion spécialisées dans le domaine du social et du développement durable, et mettant l'investissement responsable au cœur de leur philosophie de gestion. La philosophie de ces acteurs est bien traduite par les propos de Paul Robinson, CIO d'une de ces boutiques anglaises (Alquity Investment Management) qui est convaincu que « pour qu'une approche ISR fonctionne, elle doit être incorporée dans l'ADN d'un gérant d'actifs ».

Cette évolution est par ailleurs tout à fait cohérente avec les besoins exprimés par les investisseurs institutionnels. Les grands fonds de pension anglo-saxons, les fonds souverains d'Europe du Nord, les principales caisses de retraite françaises, voire certaines compagnies d'assurance, progressent vers une prise en compte plus forte des problématiques de développement durable au sein de leur gestion.

Comment cette prise en compte s'effectue-t-elle ?

• A un niveau global, elle s'exprime tout d'abord par la signature des PRI. Il y a plus de 1.000 signataires des Principes dans le monde, dont 250 investisseurs et plus de 500 sociétés de gestion qui contrôlent au total des actifs considérables. Les PRI constituent désormais un point de rencontre essentiel entre les préoccupations des investisseurs institutionnels et les réponses que peuvent leur apporter les gérants d'actifs. L'évolution à venir du reporting, incluant une partie obligatoire pour tous les signataires, est par ailleurs un élément structurant et un facteur de crédibilité pour les PRI.
• La deuxième caractéristique des politiques des investisseurs institutionnels est la croissance forte de l'engagement, c'est-à-dire d'actions qui peuvent aller d'un simple dialogue jusqu'à un activisme affirmé vis-à-vis des entreprises. Les investisseurs n'hésitent plus en effet à utiliser leur droit de vote et leur pouvoir de pression sur les entreprises desquelles ils sont actionnaires. Ils y sont poussés en partie par la réglementation, notamment par le fameux Stewardship Act de 2010 au Royaume-Uni. Toujours de l'autre côté du Channel, le rapport Kay sur le fonctionnement des marchés d'actions publié début mars 2012 met de nouveau l'accent sur l'importance du vote et l'engagement [en France, malheureusement, on peut regretter que les obligations de vote et de communication sur la politique d'investissement responsable ne s'appliquent aujourd'hui qu'aux seules sociétés de gestion, à travers l'article 224 de la loi Grenelle 2, mais pas encore aux investisseurs institutionnels]. Là encore, la plate-forme mutualisée d'engagement mise en place par les PRI, où chaque signataire peut participer en ligne à des actions proposées par d'autres membres, est une initiative intéressante ; de même que le développement d'offres « d'overlay de vote et d'engagement » mises en place par des sociétés de gestion ou des acteurs spécialisées.
• Enfin, le troisième axe me semble être la croissance des investissements spécialisés. Les fonds de pension allouent une partie croissante de leurs actifs à des investissements thématiques dont l'impact social ou environnemental est clair et mesurable, que ce soit des participations cotées ou non cotées dans le secteur des énergies renouvelables ou plus largement de l'efficience énergétique, dans le domaine de l'immobilier « vert », dans des forêts durables, ou encore dans des fonds dits « d'impact investing » tels des fonds de microfinance par exemple.

Le marché de l'ISR est donc peut être en route vers un nouveau modèle, plus en phase avec la demande des investisseurs.

 


Source : Agefi - http://www.agefi.fr/wikifinance/etudes/