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ISR : peu de croyants, beaucoup de convertis…

05/03/2012

Où en est-on du développement de l'Investissement responsable ? Si l'on en croit les derniers chiffres publiés par Novethic, le marché français poursuit sa croissance à une vitesse qui ferait pâlir de jalousie le PIB d'un pays émergent. 

L'encours des OPCVM qui se déclarent comme ISR a ainsi augmenté de 35% en 2011 pour atteindre 64 milliards d'euro, après avoir enregistré des taux de croissance de plus de 40% par an au cours des deux années précédentes. Un vrai miracle dans un marché de la gestion collective en fort ralentissement compte tenu notamment des crises à répétition.

Malheureusement, il faut bien admettre que la publication annuelle de ces chiffres génère un vaste écran de fumée qui masque une réalité fort différente. Quelques constats suffisent pour illustrer ce hiatus.Tout d'abord, 57% de ces actifs ISR sont aujourd'hui concentrés dans les fonds monétaires. Certes, la gestion monétaire constitue un pan important de notre industrie de la gestion d'actifs en France, mais pour autant cette prédominance de la gestion monétaire pose un un vrai problème pour une gestion ISR dont le credo est de favoriser de la gestion à long terme. Par ailleurs, cette croissance de 16,6 milliards d'euro est due en totalité à des transformations de fonds en ISR. Ceci pourrait traduire une forte volonté des gérants d'actifs de développer la gestion responsable si ces transformations ne concernaient pas pour l'essentiel, de nouveau, des fonds monétaires. Or, on sait bien que les « contraintes » ISR sont plus faciles à intégrer dans des fonds monétaires qui ont déjà fortement restreint leur périmètre d'investissement ces dernières années pour des raisons de risque de crédit. Lorsqu'il s'agit de fonds ouverts promus par la société de gestion, ces transformations se font en outre sans réelle approbation des porteurs ou des distributeurs. Au final, ces transformations risquent de donner l'image d'une course à la taille aux encours « verts » plutôt que d'une réelle conviction.

Pire encore, la collecte nette sur les fonds ISR est négative de 1,3 milliard d'euro sur la même période. Si on ajoute à cela que seuls 30% des encours des fonds ISR sont détenus par des particuliers, force est de constater que l'appétit pour l'investissement responsable au sein du grand public reste aujourd'hui plus que marginal. On ne peut qu'être d'accord avec Anne-Catherine Husson Traore, directrice générale de Novethic, pour qui « encore trop peu de réseaux sont formés à la vente de la valeur ajoutée ISR ».Le label Novethic accordé aux fonds distribués auprès du grand public a précisément pour vocation d'améliorer cette faible notoriété, mais malgré les efforts de Novethic le label reste aujourd'hui beaucoup plus connu dans le microcosme de l'ISR que parmi les épargnants.

On est encore loin d'un label équivalent au Max Havelaar du commerce équitable.La publication de ces chiffres en apparence très positifs a-t-elle finalement un impact vertueux ? On peut en douter. Ils créent au contraire un climat de scepticisme quant à la réalité du développement de l'ISR. Le problème ne se limite d'ailleurs pas aux seules statistiques de Novethic. Au niveau européen, les chiffres mirobolants dépassant les 5.000 milliards de gestion ISR « core » et « broad » en Europe affichés dans l'étude Eurosif ont fait l'objet de critiques, notamment parcequ'ils mélangent des techniques de gestion extrêmement différentes.

Pourtant, au-delà de ces effets d'annonces, l'investissement responsable s'installe durablement dans notre environnement. La plupart des investisseurs institutionnels intègrent désormais les critères ESG dans leur gestion, le nombre d'appels d'offres ISR continue de croitre, l'intégration est en forte progression aussi bien au sein des sociétés de gestion que chez les investisseurs finaux, les démarches d'engagement se multiplient, les nouveaux signataires des Principes de l'Investissement Responsable (PRI) se comptent par centaines chaque année.L'Investissement responsable n'a nul besoin de faire de la « gonflette » de chiffres pour exister.



Source : Agefi - http://www.agefi.fr/wikifinance/etudes/