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G8 : l'Impact Investing en ordre dispersé

10/06/2013

Le 6 juin s'est tenue à Londres une conférence sur l'Impact Investing organisée par la Présidence britannique du G8. Sous l'impulsion de David Cameron, qui a tenu un discours très offensif en introduction, le Royaume-Uni souhaite mettre en avant son expérience et ce qu'il considère comme son leadership dans ce domaine, et inciter les autres pays du G8 à suivre son exemple.

Pour le premier ministre anglais, «la finance sociale doit être considérée comme un sujet sérieux et non pas un sujet marginal.»

L'impact investing, que certains traduisent (improprement) en France par finance solidaire, consiste à investir dans des entités ou des projets avec un objectif d'impact social direct, tout en obtenant un rendement financier. Le marché de l'Impact Investing serait aujourd'hui de l'ordre de 36 milliards de dollars et pourrait croître jusqu'à 400, voire 1.000 milliards d'ici 2020 (étude JP Morgan, 2006). Trois grands enjeux bénéficient de ces investissements : les besoins considérables de ce qu'on appelle «bottom of the pyramid», c'est-à-dire les 4 milliards d'humains qui vivent avec moins de 2 dollars par jour, la transition. énergétique et la croissance verte, et enfin une nouvelle approche de financement pour les services publics.

Les britanniques mettent en avant plusieurs initiatives emblématiques, notamment :

- la création de Big Society Capital, qui a été dotée de 400 M£ provenant des comptes bancaires "dormants" (argent non réclamé après le délai légal) et de 200M£ rajoutés par les grandes banques de la City. Le rôle de BSC est d'investir dans des fonds et intermédiaires qui financent des entreprises sociales

- le développement des Social Impact Bonds, qui sont des instruments financiers dont le rendement dépend de la réussite des actions sociales qu'ils financent (réinsertion des prisonniers, adoption des enfants en difficulté ...)

- la création d'une Bourse des entreprises sociales.

L'objectif poursuivi est clair : répondre à des besoins sociaux que les pouvoirs publics soit ne peuvent plus financer, soit ne sont pas parvenus à régler efficacement. Et c'est là que la philosophie britannique de la finance sociale diverge de la vision française. Pour le ministre de l'économie sociale et solidaire Benoît Hamon, qui conduisait la délégation française, il ne s'agit pas de faire «moins d'Etat, mais mieux». La crainte de voir une partie de la protection sociale (dont Benoît Hamon a rappelé l'importance en période de crise) livrée aux mécanismes du marché et de la finance fait peur en France. Au Royaume-Uni, il n'y a aucun complexe lié au marché, la rentabilité est vue au contraire comme un gage d'efficacité, de meilleure utilisation de l'argent public, de bonne sélection des projets. Le gouvernement français préfère insister sur le partenariat entre argent public et fonds privés, sur les incitations fiscales, sur le rôle de la Banque Publique d'Investissement ou sur le futur Fonds d'innovation sociale.

Si on peut discuter du fond, sur la forme, il est incontestable que les britanniques ont réussi leur pari consistant à mettre ce sujet de l'investissement social au cœur même de la finance «mainstream», au cœur de la City. Le marketing autour des grandes initiatives nationales a au moins le mérite de sortir la finance sociale d'une niche dans laquelle on a trop tendance à l'enfermer en France.

La conférence a mis en relief les différences d'approche politique du sujet, mais elle a surtout tenté d'identifier les obstacles au développement de l'Impact Investing et de trouver des solutions pour y remédier. Parmi les principaux obstacles : le débat sans fin sur l'arbitrage entre impact social et rentabilité financière, la méconnaissance mutuelle des acteurs, le manque de projets, les problèmes de liquidité, l'insuffisance des intermédiaires, la faiblesse des moyens humains et de l'assistance technique aux projets...

Mais au-delà des questions techniques, des à-priori idéologiques ou politiques, au-delà du marketing patriotique, le vrai message est ailleurs. Alors que la réputation de la finance traditionnelle est mise en question, l'investissement social est une formidable opportunité de démontrer que la finance peut (et doit) jouer un rôle nouveau et innovant.



Auteur : Philippe Zaouati
Source : Agefi - http://www.agefi.fr/wikifinance/etudes/