Contacts | Sites Natixis
>>>Cap sur l’éthique pour le financement d'infrastructures

Google + : Mirova

Cap sur l’éthique pour le financement d'infrastructures

20/08/2013

Philippe Zaouati, responsable du pôle d'expertise Mirova, pôle d’expertise en investissement responsable de Natixis Asset Management, explique en quoi l'investissement responsable dans des créneaux tels que les infrastructures pourrait contribuer à la reprise économique de long terme.

Aujourd'hui, lorsqu'on évoque l'investissement socialement responsable (ISR), on pense aussitôt à la gestion d'actions cotées. Les techniques à l'œuvre vont de l'intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au stade de l'analyse, à une utilisation plus astreignante de ces critères au stade de la sélection des entreprises.

Ces modes de gestion ont eu des effets positifs indéniables. En accordant peu à peu un véritable rôle aux critères extra-financiers, l'ISR a influencé le comportement des entreprises, les encourageant à prendre en compte leur responsabilité sociale au moment de choisir leurs investissements.
Afin de comprendre ce qu'est un investissement responsable, nous devons en fait revenir à l'origine de ce qu'est l'investissement. Investir, ne serait-ce pas financer l'économie réelle en tenant compte des impacts sur l'environnement et la société, et en préparant la transition vers une économie plus responsable, de faible intensité carbonique et davantage préoccupée d’équilibre social ?

Au-delà du rôle de la RSE en termes d'influence et d'évaluation, l'investissement responsable doit pleinement assumer une seconde fonction : jouer un rôle direct dans le financement de l'économie réelle, ce qui implique l’exploration de nouvelles classes d'actifs, des prises de participations dans des entreprises non cotées, des investissements dans les projets d'infrastructures et les partenariats public-privé dotés d'un enjeu environnemental et social.

/// Investir dans l'économie réelle

Le principe orientant ces démarches et reliant d'une part la sélection ESG et d'autre part l'investissement dans l'économie réelle, c’est d’avoir une vision à long terme.
Financer l'économie à long terme est un thème central, tant pour la reprise de la croissance que pour le développement durable de l'économie.

La Commission européenne a récemment publié un livre vert sur le financement à long terme et envisage également de créer des fonds spécifiques destinés à orienter l'épargne vers le financement d'infrastructures.
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a elle aussi lancé une consultation sur ce sujet. Tout le monde prend conscience de l’ampleur des besoins, et du fait que les bailleurs de fonds traditionnels ne peuvent pas les satisfaire.


La dette publique atténue une bonne part des effets du financement public, les banques subissent de fortes pressions règlementaires et les marchés financiers traditionnels, notamment les marchés des actions, ne satisfont plus les besoins. Ce phénomène a été révélé par l'étude Kay, qui a examiné les effets des marchés britanniques des actions sur la compétitivité des entreprises du Royaume-Uni. Il faudra donc puiser à d'autres sources.


L'investissement responsable doit donc être placé au cœur de ces nouveaux besoins de financement.
Plusieurs raisons à cela :
- D'abord, l'investissement responsable est foncièrement un investissement sur le long terme, par opposition à la spéculation à court terme et au trading à haute fréquence.
- Ensuite, le but des infrastructures nécessaires est précisément de préparer le monde de demain. Parmi les besoins recensés, citons notamment la revalorisation du logement pour améliorer le rendement énergique des bâtiments, la création d'importantes capacités de production d'énergies renouvelables, la modernisation des transports, un meilleur accès aux soins de santé, à l'énergie et à la mobilité pour les plus démunis.

Les grilles d'analyse utilisées depuis des années pour la gestion de l'ISR et les critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance peuvent facilement s'appliquer à l'analyse des projets d'infrastructures.  C'est un défi de taille pour le secteur de la gestion d'actifs. C'est également une façon de répondre aux nouveaux besoins des investisseurs.

La crise économique a en effet engendré de réels défis pour le secteur financier :
- Actuellement, en raison de la baisse des taux d'intérêt, les investisseurs ne peuvent quasiment pas obtenir les rendements recherchés.
- Ils ont besoin de diversifier leurs investissements, de réduire leur exposition aux obligations d'État et, à la place, de s'intéresser au financement d'infrastructures à long terme, soit en investissant directement dans les entreprises concernées ; soit par le biais de fonds de créances, ce qui leur apporterait de nouvelles sources de revenus tout en agissant dans l'intérêt public.

/// Impact investing

De la même manière, la gestion à impact social (également appelée Impact investing), jouera un rôle déterminant dans la cohésion sociale.

Là aussi, la Commission européenne a joué un rôle actif en créant le Fonds d'entrepreneuriat social européen (EuSEF) qui cherche à orienter l'épargne vers le secteur de l'économie social, pourvoyeur de 10 % des emplois en Europe.

L'une des autres pistes à suivre consiste à élaborer des « obligations sociales » ou « obligations vertes » réservées à des projets spécifiques. La présidence britannique du G20 a en fait placé le financement social au cœur de ses grandes priorités.

> L'investissement responsable n'est plus une simple question d'éthique ou de RSE, mais doit bel et bien contribuer à faire de nos économies des modèles positifs et durables.